ANORI

Poèmes au vent de l'Arctique

SINNATTOQ

 

Un jour, tu t’allongeras plus lourde que d’habitude, entre le cercle d’or, la mer, le ciel. Alors s’éloignera le rire joyeux des sternes et tu sombreras dans un sommeil profond. Plusieurs fois, tu t’endormiras dans ta colère. Plusieurs fois, tu t’endormiras dans ton chagrin. Dans tes rêves, ton kayak se retournera et tu sombreras encore. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de lumière, que tu n’aies plus de voix, que le silence remplisse tes os. Tu sombreras jusqu’au vide de toi. Jusqu’à rencontrer l’animal qui ne dort jamais et qui te parlera. Alors seulement passera le grand goéland. Tu verras son ventre doré. Et quand tu te réveilleras, tu comprendras pourquoi tu es là et ce sera pour toi une grande joie.

 

 

QAJAQ

 

Arrive en kayak

Parce que déjà je t’adore,

Qu’aux portes de Sedna,

Les paupières ourlées d’or,

Je t’attends.

 

 

QAASIUT

 

Nue

Je porte la robe faite du Grand Filet

Qui pendant des siècles a parcouru

La mer

Le ciel

Toutes les immensités

Cordage rêche, usé, mille fois rapiécé

Sur ma peau, sur mes pas

Sillage salé

 

Souvenirs qui ne sont pas les miens

Histoires à dormir debout

Toutes tissées, prises, emmêlées dans ces mailles

Et puis

Leurs baisers

Leurs mains

Leurs rires

Ici, au genou, leur silence adoré

 

Drapée dans cette étoffe vide

Lourde, toujours inachevée

Je ris et danse

Aux étoiles de mer

Filantes

Sur la banquise d’été

 

 

QAAMMAT

 

Pleine lune dans l’univers blanc

Derrière la vitre, j’écris

Les mots de buée

Que tu ne liras jamais

 

ASIMUT

 

Toundra

Et j’aimerais que s’efface la trace de mes pas

Lorsque je viens vers toi

 

 

ULU

 

Ulu

Demi-lune

Rouge sang sur la neige

 

PUISI

 

A la lisière de glace

Je me penche et te vois

En miroir

 

Sirénien

 

Et mon corps est le tien

Dans la transparence

Brute, limpide

Effroyablement noire

Où mon cœur palpite

 

Je glisse sous ta peau

Pour cet instant d’ivoire

Luisante, renversée

Dans cette voie lactée

 

Choir

Choir sans tomber

Juste sous les paupières

Sombrer

 

Laminaires

Demi-lune

Epaves oubliées

Scaphandriers de bronze

Cadrans solaires

 

Loin dessus

De l’air

 

Loin

Loin dessus

Loin

Dessus

De l’air

 

Mais

Remonter

 

A la lisière de glace

Je m’approche et te vois

En miroir

 

C’est moi

 


 

UMIARSUAQ


 

Ta peinture s’écaille

Viens, dormons ensemble

Ta joue contre mon bois

Entends

Le souvenir des hommes

Leur sueur, leurs rêves, leur mort

Résonner encore

Charpente marine

A l’assaut du vide

Endurer

Rien d’autre

Que la vie dans l’effort

Peurs exactitudes

Être tout

Être rien

Que craquements

Force

Fureur

Dans le gris infini

Pluies horizontales

Gouffres de soleils

Reverrais-je tes yeux ?

L’enfant n’a-t-il pas froid ?

Je ne souffre de rien sinon du manque de toi

Puis la vague s’abat

Courbe pleine

Aujourd’hui flancs morts

Comme j’aime tes os blanchis !

Raconte moi encore


 

IMAQ
 

Oblique

Trace au rayon le relief blanc

Synthétique écume des vagues métalliques

Jusqu’au ressac fondu

Jusqu’à l’aussière vide

Amarrages en pluies

Je suis déjà loin

Le_Manguier_2018_©_Theo_Giacometti74.jpg

 

 

Oïjha 2019 - reproduction interdite - tous droits réservés

 

Réalisé dans le cadre de la résidence d’artistes

« Le Bateau-Givre »

effectuée sur Le Manguier.

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