Antarctica GAMMA Official

Dr. Yves FRENOT

Directeur de l'Institut Polaire Français

Paul-Emile Victor

IPEV

 

"14 février 2015 – C’est le jour de mon anniversaire et me voici à nouveau en Terre Adélie, foulant ce continent antarctique sur lequel je n’ai jamais vécu très longtemps, contrairement aux îles subantarctiques Crozet, Kerguelen ou Amsterdam où j’ai passé plus de 36 mois de ma vie pour y conduire des recherches sur la biodiversité de ces contrées isolées et hostiles. Hostiles car « l'homme n'est pas le bienvenu en Antarctique » disait l'explorateur Sir Ernest Shackleton. Pourtant, subantarctique et antarctique sont des territoires de passion qui font que lorsqu’on a eu la chance d’y séjourner on ne pense plus qu’à une chose : y retourner. C’est vrai pour les scientifiques comme pour les techniciens, les logisticiens, les hommes et les femmes qui œuvrent chaque jour pour permettre aux bases scientifiques de fonctionner et de rendre possible cette utopie extravagante qu’est le Traité sur l’Antarctique : faire de ce continent un territoire réservé à la paix, à la science, et à la protection de l’environnement. Aussi, comme j’avais eu la chance de fêter mes 40 ans sur l’Ile Amsterdam, je suis heureux d’être à nouveau ici aujourd’hui, de communier en quelque sorte avec cet environnement si particulier, où le monde minéral et glacé accueille pourtant une luxuriance de vie, criarde et parfois... nauséabonde, malgré le froid mordant. Tous les sens sollicités !


 

Et voilà qu’au détour d’un chemin apparaît sur un rocher un disque d’or, lumineux sur ce gneiss sombre. Un poussin de manchot adélie encore recouvert de son duvet grisâtre fait une pause à côté de cette tâche lumineuse. Une incongruité dans cette nature à l’état sauvage ? Ou au contraire une manière de concentrer toutes les sensations ressenties en cet instant par le visiteur ? Je sais qu’Oïjha est passée quelques semaines auparavant et je connais l’utilisation que cet artiste fait, de manière récurrente et presque comme un leitmotiv, de l’or, la lumière faite matière. Avec ce clin d’œil ancré dans la roche, l’artiste a donc réussi son pari : communiquer avec le visiteur et évoquer avec lui la grandeur et la puissance de cet environnement polaire.


 

Alors, lorsque Oïjha est venu me voir, quelques mois plus tard, avec cette idée un peu folle de faire une exposition de ses œuvres à Dumont d’Urville – vous pensez, une population qui n’atteint pas les trente personnes en hiver, ça fait un peu maigre comme visiteurs potentiels pour une exposition, même temporaire… - j’ai dit oui tout de suite. Car en s’adressant directement aux hivernants de Terre Adélie, elle charge encore davantage le symbolisme de ses toiles qui deviennent à leur retour dans le monde civilisé de véritables ambassadeurs de ces régions polaires".