Livret Auroras Corpus

Danse - peinture - poésie

Le corps. Le corps comme récepteur et émetteur. Corps-conscience où tout s’inscrit, se transforme, se renouvelle, jaillit et danse.

 

Je m’allonge sur la glace de mer et alors, suspendu entre l’infini de l’océan et l’infini du ciel, mon corps vibre imperceptiblement de ce qui se passe ici et maintenant, réalité profonde vécue comme dans un rêve. Résonances. Immersion. Fulgurances.

 

Je respire. Et jusque dans mes moindres cellules, je me nourris des forces en présence. Mon imaginaire se mêle à l’inconnu, et comme aux temps anciens, j’embrasse l’animal marin dans un voyage où se confondent nos océans. Il n’y a pas de doute, mon corps se souvient.

 

Je suis portée par la glace et mes yeux s’ouvrent sur le cosmos. J’attends les aurores boréales. Lumière. Lumière dans mon corps où s’inscrit le mouvement. Danse inouïe des particules, magnétisme solaire au corps en état d’art. Le projet peut commencer :

 

Il y est question du corps-conscience en mouvement, témoin des phénomènes, outil de danse et de transcription d’un langage sans mots. Il aborde la valeur symbolique des aurores boréales et l’imaginaire Inuit qui les accompagnent. Sur la base de toiles posées sur la banquise de l’océan arctique s’inscrit le mouvement inspiré des aurores, en danse sur toile à l’encre de seiche. Il aborde la question des différentes dimensions du corps sensible, corps cathédrale, corps mémoire dans le temps et l’espace arctiques. Un ensemble de poèmes est également composé.

A la fois processus et création picturale, ce travail établit un lien entre les mondes glaciaires, marin et céleste, en revisitant par la danse le phénomène des aurores et l'imaginaire qui y est associé. Dans un souci de symbiose avec l'environnement, le matériel utilisé est minimaliste: toiles de lin grand format, encre de seiche. 

DANSE SUR LA BANQUISE

Akunnaaq, Groenland, janvier-février 2018.

 

A bord du Manguier, navire pris dans les glaces : sept toiles de lin froissées (2,10 x 1 mètre), 2 litres d’encre de seiche.

 

20 heures de nuit par jour, terrain de jeu rêvé pour une exploration des aurores boréales. Je suis venue ici pour une expérimentation artistique des sensations et perceptions liées à ce phénomène, dans mon corps. Mon corps sensible, corps-conscience, récepteur et émetteur des mondes extérieur et intérieur, outil de perception, de transcription et d’expression d’états d’être mouvants. Au contact de l’aurore boréale, que se passe-t-il, en surface et dans l’intime: Qu’est-ce que je sens ? qu’est-ce que je pense ? Qu’est-ce que je vis ?

 

Peindre en dansant, ou comment dire le « Monde sans Mots ». Un processus de création en trois phases :

Intégration et transcription des sensations physiques

Observation. Les aurores apparaissent, bougent, se déplacent. De part en part, elles traversent tout l’espace. Je peux les voir, les sentir comme d’immenses frissons, les respirer et, progressivement, les intégrer au plus profond de mon être. Plongée et projection. Corps en état d’extase, ouvert jusque dans mes moindres cellules, dans l’accueil du phénomène. Exploration en 3D, suspension, vibration. Alors, les deux espaces se confondent et je ne suis plus distincte du monde extérieur. Mon corps entier est là, témoin de cette fusion.

 

Dans l’intimité de la salle des machines du Manguier, transcription dansée sur toile avec encre de seiche : une applique intégrale du corps en état de fusion avec cet univers d’aurores.

 

 

Intégration et transcription de l’émotion et de l’imaginaire

A l’état premier de fusion se superpose un état de contemplation dans lequel émergent des images et les émotions qui y sont liées. Ici et maintenant alors que les aurores prennent tout l’espace, figures animales multiples, et dans le silence de la nuit, le bruit assourdissant de leur traversée. Dans l’infini du ciel se dessinent des constellations nouvelles où le narval rejoint le phoque, le renne, le beluga ami dans une danse ancestrale, poétique, sublime.

 

Dans l’intimité de la salle des machines du Manguier, transcription dansée sur toile avec encre de seiche : sur ma peau, je trace le souvenir des animaux, traces rythmées du pelage des phoques, tracé des bois de renne, sillage du narval… érotisme organique et symbolisme, indissociés, dans un acte rituel de reconnaissance. Je ne suis rien d’autre que mon imaginaire.

 

Intégration et transcription du mouvement premier

A ces états de fusion et de contemplation se superpose un état de danse inhérent au phénomène. Danse du sensible originel, de la joie d’appartenance cosmique, du plaisir d’être incarné. Il suffit alors de suivre le mouvement dans les muscles, trajets tantôt vifs et précis, tantôt diffus et enveloppants. Visibles, invisibles, en surface et en profondeur, suivre l’énergie dans la matière jusqu’à son jaillissement, essentiel unique.

 

En plein air, sur la banquise, transcription dansée sur toile avec encre de seiche: au moment ultime, laisser danser ce qui est. L’aurore devient matière.

 

Ces toiles ont vocation à être suspendues dans les trois dimensions, de la façon la plus minimaliste, permettant une déambulation libre.

 

Dans cette expérimentation des aurores boréales, dimensions corporelle et transcendantale se rejoignent dans un élan unique, où le corps est véhicule incarné d’une énergie première. Transcription du sensible

Auroras Corpus, le clip

réalisation Aurélie Mertenat

UNE CRÉATION "ARTISTES EN ARCTIQUE"

SOUTENUE PAR LA COMMUNE DE QEQERTALIK, GROENLAND

Réalisé dans le cadre de la résidence d’artistes

« Le Bateau-Givre »

effectuée sur Le Manguier.

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