Une expérience polaire donnant naissance à l'intime universel


 

« Je suis une artiste polaire. J'ai grandi en Norvège où j'ai commencé la danse et la sculpture. J'ai dédié mon art et ma recherche à la protection de l'Antarctique. J'ai œuvré comme expert en droit international de l'Antarctique à la défense de ses valeurs de paix, science et protection de la Nature. J'ai voyagé jusqu'aux Pôles pour tracer des signes de Land Art et de retour à l'atelier ce sont les couleurs polaires qui me restent. Jusque dans mes performances, je raconte mon histoire polaire, mon histoire du désert.


 

Les Pôles ne sont pas qu'un lieu géographique mais un état d'être, un système de perception, une sensibilité qui ont le pouvoir de confronter l'homme à son intimité (J-L. Etienne).


 

Au commencement il y a la sensation. Avant toute pensée, avant toute représentation, il y a cette information brute qui ne trompe pas et qui est mon point d'ancrage. Je veux représenter la conscience d'être humain dans ce qu'elle a de plus intime, son histoire, sa couleur, sa saveur, son odeur, le son qui y est associé à ce moment précis et sa texture. Dans toutes ces dimensions, la sensation me parle. Ensuite viennent les émotions puis le geste qui unifie les deux dans un acte unique. Être artiste, c'est pour moi travailler en danse avec la matière comme résultat de ces strates d'informations, au service de l'expérience d’être (Angelin Preljocaj).

Le geste est la synthèse de cette expérience, la simplification ultime, ce qui reste du processus organique et émotionnel. Je reçois avec mon corps et j'émets avec mon corps, mon corps-conscience, indissociés (Marina Abramovic). L'image et le geste apparaissent ainsi ensemble, souvent avec l'aide des rêves. C'est de l'intériorité dansée.

Suivant l'image de l'iceberg, je représente les rapports entre conscient et inconscient. Je parle de l'expansion du corps et de sa suspension, des états d'extase. Et puis l'or, la lumière faite matière, empreinte de l'axe vertical d'individuation de l'humain, ce qui reste de sa présence au sol, où il est tout à la fois porte vers l'infini intérieur - intracosmos - et infini de l'espace - extracosmos. On le retrouve en Land Art, dans mes empreintes en Arctique et en Antarctique, le tracé des lisières de littoral où il représente le point de rencontre entre les mondes, la ligne sensible, la jonction perméable, telle la peau. Il existe une identification de mon propre système de référence avec la Nature qui m'entoure. Aussi, que ce soit par la peinture, le Land Art ou la danse, il s'agit bien ici d'un art organique transcendantal où il est question d’explorer la fracture du présent dans ses infinies dimensions d’espace et de temps (Pierre Soulages).

Il y a de la joie à jouir de ses cinq sens avec la conscience d'être humain. Mon corps est limité, ma conscience est illimitée et c'est avec ces outils sensibles que j'explore les dimensions de la conscience, parce que la vie en milieu polaire n'est rien d'autre qu'une volonté de pulsation, une urgence à être plutôt que le néant. Le désert de la banquise m’apprend l’ancrage et la méditation Zazen, il me relie à moi-même et au monde, il me connecte avec mon propre inconscient et l’inconscient collectif qui nous entoure (Yves Klein). Il est question de l’expérience du vide – désert de la banquise. Être en solitude. Être ensemble, d’humain à humain. Être tous ensemble, reliés dans un système vivant, en perpétuel mouvement.


 

Au-delà de la poésie, il y a la vérité, conscience de la non-conscience, de l’ex-sistence, noèse et noème dissociés puis unifiés dans ce que j’appelle « moi » en tant qu’artiste qui par trois fois témoigne, « dans le silence, la flamme et l’immobilité » (Albert Camus). Au-delà du sensible, de l’Histoire, du chamanisme initial, la définition d’être reste un mystère et une constante réalité. C’est ici que je m’en remets au désert, dépouillée de moi-même jusqu’au non-moi, sans espoir, sans temporalité, sans chair ni sensibilité pour vivre l’inconcevable. Amour du retrait, de la contemplation sans « je » (Simone Weil).


 

Apprendre à mourir.

Vivre.

Alors, ma seule urgence : témoigner. »

​ Oïjha

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